La constitutionnalite de la surveillance algorithmique dans l'espace public : les dispositions de la loi JO 2024 sont-elles conformes au bloc de constitutionnalite et a la Charte des droits fondamentaux de l'UE ?

Terminé

Round 3/3 · 18 interventions · 6 orateurs/round

Portée du débat

Examen de la constitutionnalite de la surveillance algorithmique dans l'espace public, instauree par la loi JO 2024 (loi n° 2023-380 du 19 mai 2023, art. 10). Le debat mobilise le droit constitutionnel (DDHC 1789, art. 2 et 4), le droit europeen (CEDH art. 8, Charte des droits fondamentaux, CJUE), le droit penal (secret de l'instruction), le droit du travail (conditions des agents utilisant ces systemes), et le droit de l'environnement (cout ecologique des datacenters).

Positions clés

Partisans de l'inconstitutionnalite (majoritaires)

Le dispositif viole le principe de proportionnalite : surveillance de masse sans ciblage, opacite algorithmique incompatible avec le droit au proces equitable, technique legislative contestable (loi-cadre renvoyant tout au decret). La CEDH Big Brother Watch (2021) condamne ce type de surveillance generalisee.

Defenseurs de la constitutionnalite conditionnelle

La securite publique est un objectif de valeur constitutionnelle. Le dispositif est proportionnel s'il est strictement encadre : temporalite limitee, controle humain effectif, droit de contestation. Le Conseil constitutionnel a valide le principe dans sa decision de mai 2023.

Approche pragmatique/budgetaire

Le cout reel du dispositif (450M EUR sur 5 ans, cout ecologique de 28 000 tonnes CO2/an) est sous-evalue et non finance. Toute analyse de proportionnalite doit integrer le rapport cout/efficacite.

Approche executoire

Une decision d'inconstitutionnalite serait inapplicable si les contrats avec les prestataires technologiques sont deja signes. Le contentieux de l'execution est le veritable enjeu.

Convergences

  • +L'opacite des algorithmes utilises pose un probleme constitutionnel majeur (absence d'explicabilite)
  • +La technique legislative est defaillante : renvoi excessif au decret, absence de garanties dans la loi elle-meme
  • +Le controle humain effectif est une exigence minimale non negociable
  • +La perennisation du dispositif au-dela des JO 2024 est juridiquement contestable

Divergences

  • -Inconstitutionnalite totale vs. reserves d'interpretation : faut-il abroger ou encadrer ?
  • -Competence du juge administratif vs. juge judiciaire pour le contentieux de la surveillance
  • -Integration du cout ecologique dans le controle de proportionnalite : pertinent ou hors sujet ?
  • -Impact sur les travailleurs (agents de securite, policiers) : droit du travail vs. prerogatives de puissance publique

Références clés

Loi n° 2023-380 du 19 mai 2023, art. 10 (loi JO 2024)CEDH, Gde Ch., 25 mai 2021, Big Brother Watch c/ Royaume-UniArt. 2 et 4 DDHC 1789 (liberte, surete)Art. 8 CEDH et art. 7-8 Charte des droits fondamentaux UECJUE, 6 octobre 2020, La Quadrature du Net (C-511/18)

Questions ouvertes

  • ?Comment garantir l'auditabilite des algorithmes sans compromettre le secret industriel des prestataires ?
  • ?La generalisation post-JO est-elle possible sans nouvelle loi, ou le dispositif experimental a-t-il vocation a s'eteindre ?
  • ?Quel mecanisme de recours effectif pour les personnes identifiees a tort par l'algorithme ?
  • ?Comment articuler le AI Act europeen avec le dispositif national de surveillance ?

Conclusion

Le debat revele une majorite critique estimant que le dispositif, tel qu'adopte, presente des fragilites constitutionnelles serieuses, notamment sur l'opacite algorithmique et la technique legislative defaillante. Toutefois, aucun intervenant ne rejette le principe meme de la video-surveillance intelligente pour la securite publique. La tendance est a l'exigence de garanties renforcees : transparence algorithmique, temporalite stricte, controle juridictionnel effectif et evaluation d'impact (y compris budgetaire et ecologique). L'avenir du dispositif depend largement de l'articulation avec le cadre europeen (AI Act, jurisprudence CJUE).